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Nelligan sur scène: musique transpirant le spleen

Un commentaire de Françoise Cadieux et de Richard Seers

Marc Hervieux - Nelligan9 mars 2010 (QIM) – « C'était un grand bateau taillé dans l'or massif... ». Pas un bateau M. Nelligan, mais un vaisseau dit, peinée l'une des religieuses infirmières à un Nelligan vieux et diminué, admirablement interprété par Marc Hervieux incarnant le poète à la fin de sa vie, incapable alors de réciter correctement son plus célèbre poème, le Vaisseau d'or, et étant lui-même devenu une épave échouée dans l'abîme de la folie.

C'était le 6 mars 2010, et c'est ainsi que débute la première d'une nouvelle production très réussie de l'opéra romantique en deux actes racontant le destin tragique d'Émile Nelligan, oeuvre conjointe d'André Gagnon et de Michel Tremblay. Cette nouvelle mouture, mise en scène par Normand Chouinard et produite par l'Atelier lyrique de l'Opéra de Montréal en collaboration avec l'École nationale de théâtre du Canada et le Monument National, rend de façon sobre mais poignante cet opéra, créé pour la première fois il y a déjà vingt ans. Nelligan nous fait découvrir l'histoire dramatique de cet important poète lyrique québécois interné à presque vingt ans, laissant derrière lui une oeuvre poétique faisant écho aux tourments de son âme.

Présentée au Monument National à Montréal, où Émile Nelligan a lui-même présenté ses textes en 1899, cette nouvelle version de l'oeuvre de Gagnon et Tremblay met en scène des voix remarquables dont celles de Marc Hervieux (Nelligan vieux) et de Dominique Côté (Nelligan jeune). L'ensemble musical, sous la direction d'Esther Gonthier au premier piano, complété par Jérémie Pelletier au second piano et Carla Antoun au violoncelle, rend avec sensibilité la musique mélancolique d'André Gagnon. Du pur Gagnon style classique ("Mes quatre saisons"), mais sans grandes envolées lyriques, afin de laisser toute la place à l'auteur.

Ce Nelligan, version 2010, sait rendre avec justesse l'histoire tourmentée de notre poète national dont l'exaltation incomprise a basculé trop rapidement dans la folie. Le livret de Michel Tremblay est remarquable de justesse, se situant tout-à-fait dans les couleurs et la sensibilité de l'oeuvre de Nelligan, alexandrins chantés ou dits sur une musique transpirant le spleen.

La scénographie d'Évelyne Paquette, remarquable de dépouillement, propose un décor minimaliste qui, au fil du déplacement de quelques accessoires, passe d'une salle sinistre de l'hôpital au salon des Nelligan, à la chambre sombre du poète, au pauvre logis de l'ami Arthur ou à l'intérieur d'une église. Le grand poète déchu par son long internement habite ces espaces du début à la fin, se déplaçant lentement, le dos voûté, telle une ombre fantomatique revenant hanter son passé.

Né dans une famille biculturelle aisée en 1879, et bien que chéri par sa mère Émilie Hudon, Émile Nelligan sera renié par son père David qui ne retrouve pas en son fils un héritier digne de son nom et de ses racines irlandaises. Alors qu'Émile supplie son père de lui dire, en français, qu'il l'aime, ce dernier lui répond qu'à ses yeux il n'est que le fils de sa mère, un Hudon plutôt qu'un Nelligan!

Ayant écrit la totalité de son oeuvre en français entre 1895 et 1899, Émile Nelligan sera interné par sa famille avant de célébrer ses vingt ans et passera les quarante-deux années du reste de sa vie en institution psychiatrique. Ce vrai drame personnel prend toutes les dimensions d'un drame national, la schizophrénie du poète faisant écho à l'écartèlement des francophones dans une société dominée par les anglophones.

C'est grâce au père Eugène Seers (ayant pris le nom de Louis Dantin après avoir quitté les ordres) que l'oeuvre de Nelligan a d'abord été publiée. Cet ecclésiastique, véritable maître littéraire pour Nelligan, convainquit Émilie Hudon, suite à l'internement de son fils, de lui confier les manuscrits de celui-ci qu'il éditera de façon clandestine.

Destin éminemment romantique pour l'oeuvre de ce poète tourmenté, digne émule des grands auteurs de son époque, Verlaine, Rimbaud, Baudelaire et Poe, qu'il admirait tant. Destin tragique de celui dont « le coeur, navire déserté » a si tôt « sombré dans l'abîme du Rêve! »

Ce Nelligan nous a fait passer une magnifique soirée et a su toucher nos coeurs.

Distribution complète de la production

  • Rôles principaux: Marc Hervieux (Nelligan vieux), Dominique Côté (Nelligan jeune) Caroline Bleau (Émilie Hudon), Stephen Hegedus (David Nelligan)
  • Autres rôles chantés: Lara Ciekiewicz (Eva Nelligan), Suzanne Rigden (Gertrude Nelligan), Roy Del Valle (Arthur de Bussières), Aaron Ferguson (Charles Gill), Catherine Daniel (la journaliste Françoise), Pierre Rancourt (le père Seers)
  • Rôles parlés: Oriol Tomas (le visiteur), Chantal Lambert (la religieuse)
  • Rôles muets: Chantale Nurse, Sophie Lemaire et Marie-Ève Mercier (les religieuses infirmières).
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