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Rencontre avec Bruno Laplante

Le choix 2004 de Québec Info Musique

30 septembre 2004 (QIM) - Artiste à l'impressionnante carrière: plus de trente albums parus sur des étiquettes en provenance de trois continents et presque autant en tirages privés, Bruno Laplante allie à son art une curiosité insatiable et un goût pour l'autogestion de son parcours. Chaque ville et chaque pays visités demeurent imprégnés dans son quotidien et nourrissent ses projets autant que ses souvenirs. Féru d'histoire, d'architecture et s'imprégnant facilement de la culture des pays visités, il adore causer de ces multiples sujets. Rencontré par notre rédacteur-en-chef quelques jours avant cette Journée internationale de la musique, dans le cadre de l'activité « Adoptez un musicien! », le baryton québécois nous révèle quelques aspects de sa passion pour les diverses cultures rencontrées, lors d'une conversation à bâtons rompus dont nous vous rapportons ici de larges extraits. On y discute bien sûr de musique, mais aussi de voyages, d'histoire et de technologie.

Richard Baillargeon: Comme bien des artistes, vous êtes allé étudier en Europe avant d'entreprendre définitivement une carrière. Est-il encore nécessaire, pour quelqu'un qui envisage un cheminement en musique ou en en art vocal, de passer par une période d'exil pour réussir dans cette profession?

Bruno Laplante: Je pense que c'est essentiel comme formation. Cela permet de vivre la vie européenne. Si tous les Québécois avaient la chance de pouvoir vivre cette expérience de la vie européenne, notre peuple aurait une autre vision des choses, ne serait-ce que de voir comment on vit ailleurs: comment cela va bien, comment cela va mal, et de revenir ici. Cela permet de comparer. Cela peut être difficile aussi: j'ai connu des artistes qui ont vécu dix ans à Paris et qui, revenus ici, n'ont pas été capables de se réadapter. Il y a une offre culturelle plus grande là-bas, naturellement. Et les villes sont tellement belles... je suis devenu un peu Européen dans l'âme, vous savez.

Richard Baillargeon: La connaissance des langues doit avoir une importance dans la façon de rendre certains airs.

Bruno Laplante: Absolument. Je tenais à apprendre l'allemand pour bien rendre des pièces des grands cycles de Schumann, Schubert, Brahms... et bien d'autres.

Richard Baillargeon: On parle de civilisation européenne; même en ayant parcouru les cinq continents, l'Europe conserve pour vous un cachet particulier, je présume.

Bruno Laplante: Culturellement parlant, l'Europe est plus proche de nous. La civilisation classique des Occidentaux a ses racines en Grèce qui a puisé en Égypte puis a donné beaucoup aux Romains et la civilisation romaine s'est répandue dans toute l'Europe. (...) On trouve énormément d'éléments intéressants dans les autres continents aussi. L'Amérique latine est plus en lien avec l'Espagne et le Portugal. L'Asie: la Chine éternelle... le Japon c'est le pays d'Asie où je suis allé le plus souvent. La culture que nous véhiculons, tant française que nord-américaine, est très bien reçue au Japon. Les gens sont curieux. Même quand on chante en québécois, ça suscite de l'intérêt. C'est un pays de contrastes, avec sa civilisation séculaire et où les gens aiment beaucoup les gadgets, l'automatisme, les jouets pour les petits et pour les grands! Dans un hôtel tout en marbre, très sophistiqué, sur un palier du grand escalier on trouvait un piano à queue qui jouait tout seul, avec des disquettes. Au lieu de faire jouer discrètement la musique dans un système de son, on la faisait jouer par un piano, pour le petit côté magique, je suppose. (...)

Richard Baillargeon: La technologie c'est un peu la magie des temps modernes...

Bruno Laplante: Et de façon très claire, omniprésente même, dans le domaine de la musique tout particulièrement. Il y a différentes façons de procéder; le son pur, non-trafiqué, c'est avec un seul micro stéréo et parfois un second micro dans le piano pour équilibrer au besoin. Sur la plupart de mes albums, on prenait une heure au début de l'enregistrement pour savoir exactement où il fallait placer le micro. On ajustait les niveaux puis on procédait à l'enregistrement et on ne changeait plus rien. C'est l'enregistrement en direct. C'est celui que je préfère. Quelques fois, nous avions un micro par instrument et nous faisions du montage mais je considère cela seulement comme une expérience. On n'a pas mis ces enregistrements sur le marché. On a aussi utilisé des enregistrements sur synthétiseur pour quelques tournées. Cela demande de répéter pour que les attaques arrivent aux bons endroits!

Pour les maisons de disques, la technologie permet de faire des miracles. Prenez l'OSM. Quand ils ont fait leur premier disque, ils ont tout enregistré et le réalisateur est parti à Londres avec tout l'Orchestre en dessous du bras. Rendu là-bas, il a tout calibré, donné plus de présence à tel instrument et il a créé LE SON de l'OSM sur disque. Ce son, cette couleur ont défini ce qu'allait être leur son pour les dix prochaines années. Pour l'auditeur c'est merveilleux. C'est certain qu'en faisant ressortir un peu plus la clarinette, on a une sonorité qu'on n'aurait pas perçue en concert. Mais écouter le disque et aller entendre l'Orchestre sur place, ce sont deux expériences différentes. (...)

Richard Baillargeon: Vous vous impliquez passablement aux diverses étapes de la conception d'un album?

Bruno Laplante: On parlait de voyages tout à l'heure. Il n'y a pas seulement les déplacements qui sont des voyages. Il y a aussi une façon de voyager purement musicale. Pour moi, il y a de la géographie dans chaque disque: par exemple, le disque de Noël "Laplante-Duval chantent Noël", son pacing a été étudié longtemps. Parmi les pièces enregistrées, on en a choisi un certain nombre. Puis on a construit le voyage en faisant chacun notre pré-montage sur cassette. France Duval aussi a fait l'exercice. On a écouté nos pré-montages respectifs et on a ajusté l'ordre des pièces pour arriver au résultat le plus satisfaisant pour l'auditeur: on commence par "Sainte nuit" et on termine avec la même pièce. Entre les deux, on fait un tour du monde! Il faut aussi tenir compte des tonalités pour ne pas que ce soit lassant.

Richard Baillargeon: On m'a déjà fait une remarque semblable au sujet d'un album des Beatles, je crois que c'était "Something New", quelqu'un qui avait l'oreille exercée et qui disait que chaque pièce commençait sur la même note que celle où s'était terminée la chanson précédente.

Bruno Laplante: La plupart des professionnels de l'enregistrement tiennent compte de ces choses-là. Ce n'est pas le fruit d'un hasard.

Richard Baillargeon: Les titres des pièces aussi: en regardant votre album des "Mélodies" de Gounod, tout à l'heure, je remarquais que "Ma belle amie est morte" est suivie de "Envoi de fleurs". Ce n'est sûrement pas accidentel!

Bruno Laplante: Vous pensez? (...) Tout le volet historique aussi, l'histoire de la musique me passionne. Et je dirais que cette passion m'a amené à m'introduire dans des familles de musiciens. Je suis devenu ami avec les petits-enfants de Massenet, de Gounod... j'ai rencontré un des descendants indirects de Reynaldo Hahn, un arrière-petit-neveu. Reynaldo était un musicien vénézuélien de descendance à la fois allemande et amérindienne qui a composé ses premières musiques encore enfant. Il avait douze ans lorsqu'il a créé "Si mes vers avaient des ailes" sur un texte de Victor Hugo. Il a été parrainé par Massenet et est devenu la coqueluche des salons parisiens. C'est un de mes musiciens favoris!

Richard Baillargeon: Une histoire un peu semblable est arrivée dans la musique pop, au milieu des années 50. Deux frères d'une tribu amazonienne Los Indios Tabajaras, un territoire où on n'avait probablement jamais rencontré d'hommes blancs, et qui avaient appris à jouer instinctivement sur une guitare trouvée le long d'un sentier où étaient passés des étrangers. Pendant quelques années, ils étaient devenus une attraction locale puis un jour un impresario les a amenés en studio et ils ont connu un succès international avec leur interprétation instrumentale de "Maria Elena".

Bruno Laplante: Vous êtes passionné d'histoire vous aussi, à ce que je vois. (...) Pour découvrir des informations de ce calibre, l'Internet c'est génial. Au lieu de se lever, d'aller chercher un volume, de trouver la bonne page, en quelques secondes on trouve le renseignement qu'on cherche. Ce n'était pas comme ça il y a cinq ans.

Richard Baillargeon: Les deux sources sont complémentaires.La recherche sur Internet est très rapide, très pratique, tandis que le livre permet de s'imprégner d'un sujet. Chacun a son rôle à mon avis. Le web c'est une nouvelle dimension. Mais quand je trouve un texte un peu long, même un texte que je compose à l'écran, je l'imprime pour pouvoir le lire à mon aise... et mieux repérer les erreurs de frappe!

Bruno Laplante: Pour des recherches plus pointues, l'Internet est certainement plus à jour que les encyclopédies.Souvent le dictionnaire date de quelques années tandis que sur Google, si un musicien est décédé l'an dernier, l'information est constamment mise à jour.

Richard Baillargeon: En rédigeant votre présentation biographique pour le site Québec Info Musique, une chose qu'il m'a intrigué, c'est la découverte d'un opéra oublié qui porte sur l'intendant Bigot.

Bruno Laplante: C'est rocambolesque, cette histoire-là. Un client de mon beau-père lui a parlé de son grand-père qui avait écrit un opéra sur ce sujet. J'ai eu beau chercher partout, suite à cet incident: je n'ai trouvé aucune trace du compositeur ni de son oeuvre. Un an plus tard, le type en question me rappelle et il avait retracé de la documentation. Il y avait des caisses de livres, des orchestrations, des programmes de représentations qu'il y avait eu en 1929 à l'Auditorium de Québec (aujourd'hui le Capitole) et au Monument National à Montréal. Suite à ces premières représentations, l'Opéra avait été oublié et les archives étaient demeurées dans la famille. J'avais en main tout le matériel de l'orchestre mais il manquait les partitions piano, sauf un manuscrit, pour faire revivre cette oeuvre-là. J'ai pu déchiffrer quelques duos et quelques solos à partir de ce manuscrit et dans le temps de Noël, la famille du musicien s'est réunie et on leur a chanté quelques extraits de cet opéra. Personne n'avait jamais entendu la musique de leur grand-père, tout le monde était ému. J'ai continué à travailler sur le sujet. J'ai réuni des musiciens de l'Orchestre symphonique de Québec, un choeur, huit solistes, puis avec l'aide de subventions, j'ai pu monter deux représentations pour les Fêtes de la Nouvelle-France en 1998.

Richard Baillargeon: Depuis un bon bout de temps, vous vous produisez en duo avec votre épouse, France Duval. Vous avez même enregistré un album avec la famille au complet. Cela vous amène à voyager en famille.

Bruno Laplante: À l'été 2002, nous sommes allés en Europe cinq semaines. C'est un long voyage. Normalement c'est plutôt deux semaines. On en a profité pour montrer l'Europe à nos filles. Elles ont l'âge pour tout comprendre, tout apprécier. D'ailleurs, elles sont aussi passionnées que moi de voyages. On fait du beau répertoire à quatre. On continue aussi à faire beaucoup de duos, ma femme et moi. Si vous avez un moment, venez le 24 octobre, à la Chapelle historique du Bon-Pasteur de Québec. On y donne un grand concert pour marquer le 15è anniversaire de notre duo lyrique, avec nos deux filles, piano, violon et contrebasse. C'est en après-midi, à 14h.

P.S. Pour nos visiteurs qui séjournent ou seraient de passage au Japon en décembre prochain, la famille Laplante-Duval sera au pays du Soleil levant du 3 au 15 décembre 2004. Les villes à surveiller: Fukui, Nagoya, Sakai (Osaka), Wakayama et Tokyo.

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