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Une des figures majeures de la chanson québécoise de la décennie 1990, Daniel Bélanger est assuré de laisser sa marque sur au moins une partie du XXIe siècle, et ce à plusieurs niveaux. Si ses premières chansons font maintenant figure de nouveaux standards, d'autres de ses oeuvres sont portées par les voix des Luce Dufault, Isabelle Boulay ou Ariane Moffatt, (qui n'a pas entendu "Tu me fais du bien", "Telle que je suis" ou "Imparfait"?) tandis que lui-même demeure à l'affût de l'inspiration et fait preuve d'une constante curiosité.
Sa production discographique personnelle est jalonnée de succès critique et public, ayant enfilé quatre albums de fort calibre entre 1992 et 2001, dont un enregistré en spectacle, avant de prendre une pause pour se ressourcer. Pourtant, environ deux ans plus tard, l’artiste met au monde un projet expérimental aux sonorités électroniques, "Déflaboxe" dont l’originalité a pu sembler tout aussi risquée que le sport auquel il fait allusion. Puis, au moment où on ne l’attendait pas vraiment, Daniel revient à une forme de chanson plus formelle mais aussi plus engagée socialement pour "L'échec du matériel" qui paraît au printemps 2007, soit six ans après son dernier disque de chansons.
Jeune travailleur anonyme, Daniel Bélanger a la musique en haute estime dès son jeune âge. Il écoute Brel, Charlebois, Charlélie Couture... Et la tentation devient grande de former un groupe pour expérimenter la scène et peut-être davantage. Humphrey Salade est le patronyme du groupe en question que les noctambules montréalais peuvent repérer sur quelques scènes dès 1983. On vit alors un creux de vague en chanson francophone au Québec et la relève rêve souvent en anglais! Trois ans plus tard, il tente une participation en solo au concours Rock Envol de la SRC au Club Soda. Mais la carrière tarde à démarrer.
Ce n’est qu’en 1989 qu’une bourse lui procurera la possibilité de créer un album. Daniel sait qu’un recueil de chansons doit être plus qu’une suite de titres, surtout lorsqu’il s’agit du premier... C’est alors que les rencontres peuvent devenir capitales et celle de Rick Haworth est de celles-là. Le premier disque met du temps à voir le jour, mais le talent combiné à l’expérience artistique font de "Les insomniaques s’amusent", qui paraît finalement à l'été 1993, une oeuvre personnelle révélant une grande assurance et un langage articulé. Comme bien des musiciens qui ont connu l’école des bars enfumés, il y a acquis un métier indéniable et c’est un artiste mature qu’on retrouve dans chaque chanson de l’album. "Opium", "Ensorcelée", "La folie en quatre", "Sèche tes pleurs". On n’avait pas vu autant de succès confirmés sur un premier album depuis ceux de Beau Dommage ou de Paul Piché.
C’est une révélation pour le grand public... et pour les médias qui recherchent toujours du nouveau matériel qui les alimentera pour les deux prochaines années. Des clips vidéo fort bien réalisés et une présence en scène naturelle et rafraîchissante font du nouveau venu la coqueluche de l’heure. Le succès est contagieux puisque, dès l’année suivante, le chanteur se fait valoir outremer, à La Rochelle, à Saint-Malo, à Nyon, où il reçoit un accueil des plus chaleureux.
Lancement en France, prix de la SACEM et de l'ADISQ, disque platine au Québec (plus de 100 000 exemplaires vendus): c'est beaucoup en une seule année! Un tel engouement ne se retrouve que rarement. Si sa sensibilité de poète est palpable dans sa création, il sait aussi se faire plus léger en reprenant quelques chansons d’une autre époque, que ce soit lors de ses propres spectacles, en compagnie des joyeux lurons du Boum Ding Band ou pour des occasions spéciales telles que l'album "Au nom de l'amour", projet mis de l'avant par Johanne Blouin et Kat Dyson au profit de la lutte contre le sida.
Après deux années remplies de tournées et de succès radiophonique, en habile stratège, il se retire du circuit pour une période équivalente, le temps de concocter un deuxième album "Quatre saisons dans le désordre" qui paraît en 1996. Et l’histoire semble vouloir se répéter, à cette différence près que l’auteur compositeur interprète est maintenant établi et attendu. "Les deux printemps" et "Le parapluie" suivent bientôt la voie tracée par les premiers succès. Tournée de promotion en France, nouveau disque platine, succès radio et une tournée couronnée de succès: la carrière parfaite mais pas encore véritablement internationale, malgré quatre nouveaux Félix récoltés au gala de l'ADISQ l'année suivante.
En février 1998, histoire d’établir un contact particulier avec son public et de briser la solitude de la route, Daniel inaugure son Carnet de voyage, une chronique hebdomadaire dictée et retranscrite sur le Web dans le sillage de sa tournée Seul dans l'espace, qu'il promène sur les routes du Québec jusqu'en juin de la même année. Puis il se replonge dans l'écriture de nouvelles chansons. Question de garder le contact, il propose à ses fans avec la collaboration complice de Patrice Duchesne, juste à temps pour la Saint-Jean 1999, un album triple intitulé "Tricycle" résumant ses tournées Les insomniaques s'amusent (enregistrement au Forum de Montréal), Quatre saisons dans le désordre (en direct de Spectrum, toujours à Montréal) et Seul dans l'espace (celui-là lors de son passage à Jonquière).
Après avoir terminé le siècle de si belle façon, l'auteur-compositeur-interprète qui se double ne l'oublions pas d'un mélomane chevronné laisse libre cours à son penchant pour les nouvelles textures musicales tout en profitant du délai pour publier un recueil de courts textes intitulé Erreur d'impression. Ces écrits parallèles tout comme les projets Déflaboxe et Hypnopédie, résultats de ses expérimentations en studio, lui permettent de se démarquer de son rôle de pourvoyeur de chansons, tout en alimentant sensiblement sa démarche à ce niveau.
Mais l'innovation n'est pas confinée aux quatre murs d'un studio. Après une mémorable collaboration avec Jean-Pierre Ferland et Michel Rivard en lever de rideau des FrancoFolies de Montréal en juillet 2000, il expérimente la toute nouvelle formule des FrancoFolies sur la route en compagnie de Marc Déry, du percussionniste Mino Cinelu et d'un invité surprise différent à chacune de leurs escales dans dix villes du Québec. De retour à l'écriture et au studio d'enregistrement, il concocte un nouvel album de chansons "Rêver mieux" qui paraît à l'automne 2001. Album de transition, où les guitares acoustiques se marient aux sonorités traitées de la flûte traversière et de divers échantillonnages, sans oublier l'incidence purement électronique de "Dans un spoutnik" ou "Fugue en sol inconnu", "Rêver mieux" se mérite à son tour la mention Platine et cueille cette fois sept statuettes, en plus de récolter le Juno de l'Album francophone de l'année.
Ce nouveau succès laisse toute latitude à l'artiste pour mener à terme son audacieux projet "Déflaboxe" qui voit finalement le jour fin 2003. Conçu comme un combat de boxe en dix rounds, celui-ci tient autant de la démarche vidéo avec ses effets ralentis et ses reprises en cascade que de la courtepointe musicale grâce à ses nombreuses évocations sonores. Celles-ci peuvent être des métaphores (extraits de "Soumis" du Ville Émard Blues Band, "Deliver Us" d'Elvis Costello, ou de la musique thème de Lost In Space), des clins d'oeil à Claude Léveillée, Fernand Gignac, au groupe 60's The Association ou encore des effets directement liés au propos ('Schlack', gazouillis des petits oiseaux après un coup bien porté). Bien que fortement apprécié des mélomanes de pointe, "Déflaboxe" déconcerte une partie de son public et connaît une trajectoire plus discrète, ce qui ne doit pas surprendre outre mesure Bélanger et son entourage.
Après avoir savouré son plaisir créatif, l'auteur-compositeur-interprète se permet quelques voyages et réfléchit sur la condition du monde. Faut-il s'étonner si ses prochains propos se font plus sombres? Les chansons de "L'échec du matériel", tout en affichant la douceur mélodique coutumière à Daniel, parlent de "La fin de l'homme", de "Fermeture définitive", de ceux qui veulent toujours "Plus", d'hiver et de mort? Seules quelques pistes instrumentales ("Amusements" construite à partir du son d'une... balle de ping-pong, "Demain, peut-être") et le quasi-garage "Sports et loisirs" semblent pouvoir nous accorder une peu de répit. Mais parfois il peut être utile de cesser de voir la grisaille en rose!
On peut visiter le site officiel de Daniel Bélanger.
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