Plume
Latraverse

 Plume Latraverse

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Parcours

Notes biographiques
Nom véritable Michel Latraverse 
Aussi connu sous Plume  
Naissance 1946   
Carrière professionnelle Depuis la fin des années 60   

Bien peu d'artistes mènent leur carrière de façon réellement indépendante. Ce que l'on nomme rock indie est-il à ce point autonome? En tout cas, les débutants qui veulent éviter les pièges du vedettariat auraient avantage à regarder de plus près le parcours et l'attitude de cet auteur-compositeur-interprète qui échappe aux modes et à toute classification. Qualifié tour à tour de rocker, chansonnier, fantaisiste (!), bluesman... selon la tangente de son inspiration, il est avant tout un poète, pour qui la musique est un véhicule privilégié, sans être sa seule forme d'expression.

Son attrait pour la chanson remonte aux années soixante alors qu'il trimbale sa guitare un peu partout, notamment à Percé où se donne rendez-vous une certaine bohème de l'époque. Il y fait la rencontre d'autres artistes marginaux dont Pierre Landry, un étudiant en vacances qui joue occasionnellement de la flûte ou du saxophone, et le poète Pierrot Léger. Dans la foulée naîtra le groupe La Sainte-Trinité. Cette expérience dure jusqu'au printemps 1971 et c'est seulement quelques mois plus tard, au Studio 6, qu'est enregistré l'album "Triniterre" qui a le mérite de donner accès à quelques chansons du duo Plume-Docteur Landry, sans toutefois contenir toute la folie créatrice du trio original.

Au printemps 1972 le groupe se disperse pour de bon et Plume reprend la route, non sans revenir de temps à autre saluer son pote Léger à la Casanous, la célèbre boîte overground que fréquentent les activistes culturels de tous poils. Il y côtoie les musiciens du Jazz Libre du Québec, le pianiste Charlot Barbeau, fait quelques chansons avec Stephen Faulkner qu'il surnomme allègrement Blind Cassonade. Tous ces compagnons joueront bientôt un rôle actif dans ses futurs albums, à commencer par "Plume pou digne" qui voit le jour à l'automne 1974. Le disque paraît sur étiquette Deram, chez London, au moment même où les compagnies multinationales commencent à s'intéresser à la génération dite de la relève, terme surutilisé dans le monde du spectacle au Québec.

"Plume pou digne" détonne un peu dans le paysage musical mais correspond à un sentiment iconoclaste qui habite une grande partie de la jeunesse urbaine, qui n'a pas du tout le goût ou l'opportunité de se réfugier à la campagne. Même hors contexte, l'album demeure un grand cru de la nouvelle variété québécoise, celle de la génération d'après l'Expo, d'après l'Osstidcho, cette génération qui s'exprime sur les ondes des radios communautaires et refuse le port du veston cravate. Car variété il y a: de l'ouverture en blues-rock-de-taverne "Rideau" à la fable réaliste a cappella "Léopold Gibouleau" en passant par les rythmes latins ("Calvaire" adaptation du classique sud-américain "Volver, volver", "Bossa-motta", "Métropole B.B.Q.") ou la ballade sans prétention "Encore des mots", l'esprit plumesque est bien campé dans ce 33 tours millésimé.

La chanson "Rideau" (et son cognac-gnac) ne tarde pas à devenir une référence non seulement pour les fans de l'hirsute personnage mais pour les adolescents de tout âge qui vivent au rythme des années soixante-dix. Il en va de même pour "Bobépine" qu'on retrouve sur l'album suivant "Le Vieux Show Son Sale", paru quelques mois plus tard. Encore une fois, plein de vieux habitués de la Casanous sont de la partie, regroupés sous le vocable de Cellule 3. Musicalement la diversité est encore plus grande. Plume et ses amis voguent du blues au tango en passant par un petit swing façon Django Reinhardt "Lit vert", une couple de rock 'n rolls à la façon des années cinquante "Rock 'n roll du grand flanc mou", "Rat qui roule" et même une reprise électro-rock du "Reel du pendu". Plume sera d'ailleurs un des artistes les plus prolifiques des décennies 70 et 80, livrant régulièrement un ou deux nouveaux albums chaque année alors que la plupart des artistes et des producteurs privilégient de plus en plus des intervalles de deux, trois ou même cinq ans entre chaque parution.

À ce rythme, on devine que ses spectacles sont loin d'être monotones et ressemblent plutôt un tourbillon de pur délire sous le sceau du renouvellement continuel. À peine le deuxième microsillon est-il apparu chez les disquaires qu'un nouvel opus voit le jour, en duo avec Stephen Faulkner, intitulé "Pomme de route". Celui-ci contient également son lot de succès officieux, car malgré leur impact indéniable, les chansons de Plume passent peu en ondes, alors que s'établit sournoisement la pratique des formats radiophoniques. Qu'importe, ses refrains se répandent comme de la mauvaise herbe et une partie importante de la belle jeunesse du Québec se surprend bientôt à fredonner "La bienséance" et son clin d'oeil à Aznavour ou encore le compte-rendu approximatif d'une soirée à "Jonquière".

Si "Pomme de route" peut sembler dépouillé en comparaison avec la diversité des orchestrations des premiers albums, que dire de celui qui suit? Sur son disque live, enregistré au Patriote, ce haut lieu de la chanson québécoise des années soixante, on retrouve Plume seul avec sa guitare, à la façon de ses confrères chansonniers. Car quoi qu'on en dise, l'auteur-compositeur-interprète s'inscrit davantage dans la lignée d'un Tex Lecor, parfois d'un Brassens ou de certains bluesmen que des rockers à l'américaine. Ce qui ne l'empêche pas d'ajouter sa touche personnelle à une chanson comme "Blueberry Hill". Du reste l'ensemble de "Plume en noir et blanc" se partage entre une approche bluesée, évidente dans "Le blues de la bêtise humaine" ou "Vieux Neg", plus subtile dans "Chambre à louer", et le style chansonnier. A posteriori, on peut même y retrouver une expérience de rap à la québécoise dans le poème rythmé "Assis", quelques lunes avant que cette pratique ne soit reconnue comme un nouveau genre musical!

En moins de deux ans, Plume Latraverse se taille une place de choix dans le paysage sonore du Québec, celle de la contestation joyeuse, trop consciente de l'absurdité de l'existence pour se prendre au sérieux, mais trop éveillée pour garder le silence. Cette prise de parole, c'est un peu celle des oubliés du baby boom, ceux qui n'ont pas la chance de passer à la caisse de ces années de prospérité et qui se consolent en passant la soirée à partager une caisse de 24. Or les textes de Plume sont ceux qui savent mettre en évidence tout ce qui dépasse dans notre monde qui n'a pas le temps de prendre un peu de recul face au quotidien.

Malgré son langage coloré, partiellement inspiré du passé ecclésiastique du Québec et si prisé des jeunes adultes, l'auteur compositeur ne se limite pas à un public d'étudiants turbulents. En 1977, à l'occasion du Festival d'été de Québec, il côtoie Willie Lamothe et Georges Langford dans une version fort différente des Trois L (le regroupement original incluait Pierre Lalonde, Michel Louvain et Donald Lautrec), amenant une foule habituée aux effluves de contre-culture à chanter en choeur l'hymne traditionnel du répertoire western francophone "Quand le soleil dit bonjour aux montagnes". Des contrastes de cet ordre, Plume en assume régulièrement et prend souvent des initiatives en ce sens. C'est sans doute à cette occasion aussi qu'il adopte la chanson "Mille après mille" déjà au répertoire de Willie Lamothe, ce pionnier du country québécois. Celle-ci devient un des rares standards à demeurer au répertoire de Plume.

Car le rythme de production de Latraverse est si intense qu'il garde peu de chansons connues à son programme, fussent-elles des succès confirmés. Avec son album double "Plume All Dressed", se termine le cycle des premières chansons accumulées depuis l'époque de la Sainte-Trinité "Nous autres on s'en fout" et de la Casanous "Le reel de la Casa", en passant par les duos avec Cassonade tels "Not' beau local" et "Catholique Cowboy" et les souvenirs de voyage en "Gaspoésie" ou à "New Orleans". Un tournant s'amorce avec les albums "Chirurgie plastique", puis "Livraison par en arrière". L'observateur de son époque se fait encore plus critique avec des chansons comme "Cul d'sac rock", "Le moins beau merle" et "Don Quichiotte" qui sonnent comme des bilans d'une génération désillusionnée. Il frôle la nostalgie dans " Salut Trenet!" puis "Ô petit restaurant du coin" (bien différent de la chanson des Million-Airs) et souligne à sa façon la disparition d'Elvis "Quatre ans après...".

Avec la parution de "Chirurgie plastique" en 1979 et plus encore des "Métamorphoses I" en 1982, la rupture semble définitive avec le monde de la radio qui peut difficilement absorber une telle liberté de propos, sans parler de son éclectisme musical. Qu'à cela ne tienne, c'est par le disque et la scène que le poète rejoint ses ouailles. Plume y alterne les tournées intimes et les shows d'aréna comme cette tournée en compagnie du groupe Offenbach, intitulée "À fond d'train", en 1983. Avec ses musiciens surnommés Les Mauvais Compagnons, parmi lesquels on retrouve le noyau durable de ses futurs accompagnateurs: le guitariste Jean-Claude Marsan et le bassiste Denis Masson, Plume continue de parcourir le Québec et le Canada. Il se pointe aussi en France où ses propos et son accent laissent perplexe, tout en amplifiant l'attrait rustique du cousin d'Amérique. En 1984, on le retrouve au coeur d'un film quasi autobiographique Ô Rage électrique, tourné partiellement en Gaspésie, sous la gouverne un peu anarchique de Carl Brubacher. Tout en continuant d'accoucher, bon an mal an, de sa douzaine de chansons inédites, il se livre à d'autres formes d'écriture, que ce soit le récit Vôgrador (encore inédit) ou des chansons pour Offenbach et l'album solo de Gerry Boulet en 1984. En 1987, il publie son premier roman intitulé Contes-gouttes ou Le pays d'un reflet.

Ayant toujours gardé un prudent contrôle sur ses propres enregistrements (les Productions Production et les Éditions Édition), il amorce la réédition CD de son catalogue de chansons en 1989 avec le premier d'une série d'albums intitulés "Le lour passé de Plume Latraverse". Il entame les années quatre-vingt-dix avec un disque compact rempli de pièces inédites "Chansons pour toutes sortes de monde" sur l'étiquette Disques Dragon qui assume aussi la suite des "Lour passé...". Il reprend bientôt la route, en compagnie du contrebassiste Denis Masson, histoire de présenter ses nouvelles chansons.

Son second livre de fiction, intitulé Pas d'admission sans histoire, précède un autre album de "Chansons nouvelles". En 1994, à l'occasion du Festival d'été de Québec, il reçoit le prix Miroir de la chanson d'expression française: c'est la première fois qu'une récompense lui est accordée au Québec. Elle est suivie, en décembre de la même année, de la médaille Jacques-Blanchet, attribuée à un artiste pour la pertinence et la persistance de son oeuvre.

Si les institutions et les professionnels de l'industrie du spectacle ont tardé à reconnaître une valeur culturelle aux chansons de Plume, le public lui ne s'est pas fait prier pour en faire des repères significatifs. Dès la parution de ses premiers albums, au milieu des années soixante-dix, bon nombre de ses chansons sont devenues des standards repris ad infinitum dans la majorité des brasseries, bars et festivals à la grandeur du Québec et au-delà. Si peu d'artistes en ont gravé des interprétations, c'est que son répertoire doit une grande partie de son efficacité à l'interpellation directe de l'auditoire. On peut toutefois noter les reprises de "Bobépine" par Éric Lapointe, "La piaule de Louis" par Manon D'Inverness et de nombreux clins d'oeil de la part d'autres jeunes artistes comme les Colocs dans leur chanson "La traversée". L'auteur compositeur s'adonne lui-même à de rares collaborations notamment avec Dan Bigras, pour qui il écrit "Quand les clochards" et "Le roi Kakail", et Renée Claude qu'il aide à personnaliser son interprétation de "La ronde des jurons" de Georges Brassens.

Avec le temps, toutefois, il en vient à accorder moins d'espace à ce volet de sa création et davantage à l'écriture (il publie un troisième roman, Striboule, en 1995) mais aussi à la peinture et au dessin, deux disciplines qu'il pratique depuis presque aussi longtemps que la chanson. Absent de la scène pendant plusieurs mois, il retrouve son ancien partenaire Stephen 'Cassonade' Faulkner pour une soirée unique lors des FrancoFolies de Montréal, le 5 août 1995. Ce n'est finalement qu'en 1996 qu'il décide d'obtempérer, initiant une nouvelle tournée avec le groupe Les Parfaits Salauds. La grande Saloplumerie les présente comme El Senor Pluma y Los Perfectos Cabrones.

Cette parenthèse est suivie d'un nouveau répit qu'il met à profit pour concocter d'autres nouvelles chansons bientôt réunies sous le titre "Mixed Grill". L'album, qui paraît en 1998, contient aussi un retour de mémoire (ou flashback) de trois pièces de la Sainte-Trinité et la chanson "Depuis qu'elle marche à pied" écrite pour le film La liberté en colère. Son entêtement vient à bout de certains diffuseurs et la chanson "El Niño" figure même sur certains palmarès, chose qui ne s'était pas vue en près de vingt ans. Le coloré personnage reprend aussitôt la route en compagnie de ses Mauvais Compagnons et en conserve quelques enregistrements particulièrement réussis qui alimenteront sa prochaine parution intitulée "Vingt temps", une compilation de reprises live soulignant à la fois le début du nouveau siècle et le vingtième anniversaire de la collaboration avec ses fidèles musiciens.

L'année 2002 est marquée de nouveaux faits d'arme tels l'obtention d'un Miroir coup-de-coeur au Festival d'été de Québec et l'attribution du trophée hommage lors de la remise des Félix 2002 alors que l'Adisq souligne ses trente ans de carrière atypique par un pot-pourri réunissant Daniel Boucher, Kevin Parent et Garou avant de lui décerner le Philippe de la catégorie Vétéran! Le printemps suivant, paraît aux Éditions Triptyque un essai de Mario Leduc: Masqué/Démasqué, qui analyse l'oeuvre et le personnage de l'artiste. Presque au même moment, le nouvel album "Chants d'épuration" rappelle que l'inspiration visite toujours le célèbre barbu. Celui-ci continue de se produire où bon lui semble, alternant entre ses différentes formes d'expression.

Ce ne sera qu'à l'automne 2007, cinq ans plus tard, qu'il proposera son prochain recueil sonore "Hors-saisons". Conçue à l'image de ses prestations scénique: guitare, piano, basse et voix, cette quinzaine de chansons va directement au but, à savoir: donner à penser tout en gardant une saine vitalité. De toute façon, il y a toujours des jupons qui dépassent, des poils qui frisent... Une audition attentive permet de constater que les propos irrespectueux ("Trop", "Niaiseries", "La pompe à Stime") ne sont jamais loin de l'expression poétique comme le confirment "L'âge où l'on", "Le migratoire" et une nouvelle mouture des "Patineuses". La présence du piano vient teinter de blues quelques mélodies particulièrement réussies, telles que "Les bleus d'la plinthe" (un stroll elvisien) ou "À tire-larigot". On peut même reconnaître un nouveau clin d'oeil à Serge Deyglun dans son "Nihilisme paresseux".

Les textes de ses chansons ont été l'objet de quelques recueils livresques, s'enrichissant comme sa discographie au fil des ans: Cris et écrits en 1983, Chansons pour toutes sortes de monde en 1990, Chants lybres en 1994 et Tout Plume... ou presque, en 2001.

On peut visiter le site officiel de Plume Latraverse.

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