Parcours

Notes biographiques
Nom véritable Mary Travers 
Aussi connue sous La Bolduc, Madame Edouard Bolduc  
Naissance 1894-1941   
Carrière professionnelle 1929-1941   

Pionnière à plus d’un titre, celle qu’on appelle affectueusement La Bolduc, née Mary Travers, représente la chanson québécoise des années 20 et 30, alors que les gens trouvent dans ses ‘chansons comiques’ un contrepoids aux tracas du quotidien. Marie Rose Anne Travers naît en juin 1894 à Newport au Québec dans une grosse famille. Son père Lawrence, d’origine irlandaise, lui enseigne très tôt les rudiments des instruments de musique à la mode (accordéon, harmonica, guimbarde, violon et... cuillères). Ayant quitté sa Gaspésie natale à peine sortie de l’enfance pour se rendre travailler à Montréal, elle rencontre bientôt son futur mari Edouard Bolduc, plombier et violoneux. C’est seulement dans la trentaine, après avoir élevé partiellement sa famille, que madame Bolduc entreprend une carrière dans le domaine du spectacle et de l’enregistrement.

Elle se fait d’abord remarquer pour ses talents de musicienne, à l’occasion de soirées thématiques connues sous le nom de Veillées du bon vieux temps, au Monument National. Ces soirées thématiques ayant lieu à quelques reprises durant l’année permettent aux musiciens, comédiens, chanteurs et danseurs d’exercer leurs talents. Plusieurs artistes importants de notre folklore ont participé à ces événements enjoués, parmi lesquels Isidore Soucy, Alfred Monmarquette, Eugène Daigneault et Ovila Légaré. Poussée par les encouragements de ses pairs et la nécessité de rapporter de l’argent à la maison, madame Bolduc enregistre quelques pièces instrumentales et deux chansons qui n’obtiennent que peu de succès. Ce n’est qu’à la fin de l’année 1929 qu’elle devient une véritable vedette, lorsque son quatrième 78 tours s’avère un double succès. Ses compositions "La cuisinière" et "Johnny Monfarleau" en font la sensation de la jeune industrie du disque, juste au moment où celle-ci subit le choc d’une terrible crise économique.

Ses histoires, ses turlutes, ses commentaires sur l’actualité ont le don de dérider le public. On a souvent dit que les chansons de La Bolduc ont été le principal antidote à la déprime collective qui allait frapper la population au cours des années 30. Elle enregistre alors succès après succès et continue d’effectuer des spectacles, non seulement à Montréal et à Québec ou dans les autres centres urbains, mais à la grandeur du Québec, ainsi qu’en Ontario et en Nouvelle-Angleterre où ses tournées sont attendues avec impatience. Celles-ci se poursuivront inlassablement jusqu’à ce qu’un accident de voiture survienne en 1937. Elle supporte courageusement cette épreuve, reprend la route, et en tire même des thèmes de chansons dont son dernier enregistrement, intitulé "Les souffrances de mon accident" qu’elle grave en 1939 Quelques années plus tard cependant, le cancer met un terme définitif à la remarquable carrière de l’auteure-compositeure interprète. Madame Bolduc meurt le 20 février 1941. Elle n’a que 46 ans.

Ayant enregistré la majeure partie de son répertoire au début des années 30, elle va le diffuser pendant les années qui suivent par sa présence aux quatre coins du pays, et bien au delà par la magie du disque, les nombreuses rééditions et les diverses interprétations qui ont jalonné l’histoire de l’enregistrement musical à ce jour. La Bolduc, dont Gilles Vigneault a dit un jour qu’on lui avait donné l’article comme d’autres ont acquis la particule en guise d’anoblissement, peut être considérée à juste titre comme la pionnière de la chansonnette réaliste contemporaine et incontestablement comme la première grande vedette québécoise du disque. Longtemps boudée par la culture savante, particulièrement à cause de ses mots empruntés au langage courant, elle fut néanmoins une inspiration pour plusieurs grands artistes dont le pianiste compositeur André Gagnon et le peintre Jean-Paul Riopelle.

Son héritage discographique est constitué de 94 titres enregistrés sur disques 78 tours (dont quelques-uns en duo avec Ovila Légaré et avec Jean Grimaldi), d’abord repiqués sur sept albums vinyle durant les années 50 et 60, puis sur diverses compilations et finalement en format disque compact dès le début des années 90. Plusieurs livres et documents filmiques racontent également sa vie hors du commun et sa fulgurante carrière.

Parmi les nombreux artistes qui ont interprété les chansons de la Bolduc, plusieurs lui ont consacré un album entier dont Florence (1965), Salomon Plourde (1967), Lise Lemieux (1967), Marthe Fleurant (1969), Flo Prudhomme (1970), André Gagnon (1972), Jeanne d'Arc Charlebois, Gilles Losier et Jean Carignan (1975), les Maringouins (1991), Marie Lord (1991), Angèle Arsenault (1993), le groupe Suroît (2000) et Monique Jutras (2003). Le Musée de la Gaspésie, dédié à sa mémoire ouvrait ses portes en 1994, centième anniversaire de sa naissance, à Newport. Plus récemment, une des plus importantes microbrasseries québécoises allait donner son nom à une de ses bières.

On peut visiter le site officiel de La Bolduc.