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Il y a ceux qui visent les palmarès et ceux qui les alimentent. Mes Aïeux sont visiblement de la seconde famille! C'est d'ailleurs près de deux ans après la sortie de l'album "En famille", paru en mai 2004, que le groupe accède à des sommets imprévus avec la chanson "Dégénérations". À l'hiver 2009, il en sera autrement avec "Le déni de l'évidence" qui tourne en ondes sitôt qu'arrive leur cinquième album "La ligne orange".
Aux premières loges du renouveau musical depuis plus d'une décennie, Mes Aïeux ont réussi le tour de force de puiser aux thèmes légendaires de la littérature orale et de les servir dans un contexte des plus contemporains. Au moment de leur premier effort sur disque, au début de la décennie 2000, on remarquait déjà une diversité d'influences allant de La Bottine Souriante et de Michel Faubert à des personnages aussi différents que Bob Marley, Village People, Gilles Vigneault, Santana, " les gosseux de guitare du monde entier ", Mano Negra, Dieu, Satan, La Bolduc, André Gagnon, Les Alexandrins, James Brown ou Félix Leclerc!
La formation, réunie depuis 1996 et qui est constituée de musiciens en provenance de divers coins du Québec, du Saguenay à la Rive-sud de Montréal, parcourt depuis ce temps le Québec tout entier. Mes Aïeux concocte tout naturellement une fusion (phénomène s'opérant quand les éléments en présence sont soumis à une chaleur extrême) où se retrouvent les ingrédients les plus divers: le folklore québécois bien entendu mais aussi le funk, le rap, le disco, la bossa nova et la chanson française, à un moindre degré. Ce qui a fait dire à leurs fidèles adeptes, considérant les deux principales sources de leur ragou* bien particulier, qu'ils donnent dans le funklore cette désignation référant aussi bien à la rythmique funky qu'au mot fun qui fait aussi partie de leur credo.
C'est d'ailleurs une approche toute liturgique que les cinq personnages-musiciens appliquent à leur premier album "Ça parle au diable!" paru à l'automne 2000. Les relents de croyances et de comportements issus en droite ligne de la tradition judéo-chrétienne s'y mesurent à des réalités aussi contemporaines que le Ritalin, les églises vides, le Viagra, les référendums ou les top-modèles, le tout sur fond de diableries et de libations alcoolisées. Quelques semaines avant la sortie du disque, un premier extrait faisait l'objet d'un clip vidéo. La célèbre turlutaine de l'Oncle Adhémard et ses Princes du Folklore à la fin des années cinquante, "Dondaine la ridaine" repopularisée par le Rêve du Diable au milieu des années 1970 et reprise plus récemment par Groovy Aardvark, y bénéficiait de la touche spéciale de Mes Aïeux. Quand "Rose Latulipe" est sur le bord de l'overdose, qu'on "Swigne la bacaisse" en sortant de la discothèque, et que Satan lui-même est prêt à vendre son âme à la compagnie, il est peut-être temps d'essayer le "Remède miracle" du docteur Brochu!
L'année suivante, c'est leur deuxième opus "Entre les branches" qui pousse un peu plus loin cette démarche avec "Tout seul (à répondre)" ou "Qui nous mène?" tout en demeurant aussi ludique. C'est le cas entre autres avec "Le temps des semences", "Juste et bon" et le surprenant mariage de "La prison de Londres" et du succès festif d'André Gagnon "Wow". Le tout sur fond avoué de FGM (folklore génétiquement modifié).
Invités sur les scènes les plus diverses et les plus prestigieuses, Mes Aïeux ont alors peu de temps pour les autres volets de leur carrière. Ce n'est donc que trois années plus tard, en 2004, qu'ils auront le loisir de présenter leurs nouvelles créations. À la sortie de "En famille", entièrement constitué de chansons originales, on constate chez eux un souci plus marqué que jamais pour la dénonciation de la morosité ambiante, tant politique que sociale dans des textes comme "Ça va mal", "Toune en on" ou "Dégénérations". À ces propos plus mordants s'ajoutent de nouvelles teintes au niveau des arrangements, de l'hommage gastronomique à notre poutine nationale "Hommage en grains", servi avec sauce mexicaine, aux ballades intimistes que sont "Le repos du guerrier" et "La grande déclaration" en passant par les relents rock de "Ton père est un croche".
Puis, à un moment où personne ne s'y attendait, à l'automne 2006, quelques semaines à peine avant la sortie de "Tire-toi une bûche", un double live du septuor (enrichi entre temps de deux nouveaux convives), une station radio large public inclut subitement "Dégénérations" à sa programmation.
Par ce curieux retour des choses, la formation accaparera pendant plus d'un mois les deux premières positions au palmarès de vente des albums CD au Québec, rappelant ainsi à certains les beaux jours de la beatlemanie, alors que les albums et les 45 tours des célèbres Britanniques se disputaient les sommets des classements. Outre ce rarissime alignement, c'est aussi la première fois en trente ans qu'un tel honneur était dévolu à une chanson à répondre, la plus récente à réussire l'exploit étant "I Went To The Market", chantée par Gilles Vigneault à l'été 1976.
Devenus une des attractions les plus en demandes à la suite de ce succès, Mes Aïeux ne pourront se consacrer à la préparation de leur quatrième opus de chansons inédites avant l'été 2008, n'effectuant cette année-là que des apparitions ponctuelles dont une présence remarquée au Festival d'été de Québec, dans le cadre des célébrations du 400e anniversaire de la capitale québécoise. Le groupe en profite d'ailleurs pour présenter quelques refrains de sa prochaine offrande.
"La ligne orange", qui est en magasins au mois d'octobre, étonne par sa facture encore plus contemporaine, ce qui n'empêche pas le concept de conserver un aspect contes et légende mais en se référant à des temps moins anciens: le métro de Montréal et sa "Ligne orange", "Le fantôme du Forum", les rituels de la "Prière cathodique", le Grand "Antonio", avec en prime un enregistrement de ce dernier personnage reprenant une ritournelle du milieu du siècle "Pourquoi donc as-tu brisé mon coeur?". La pièce "Le déni de l'évidence" s'avère presque prophétique, étant donné la dégringolade financière mondiale qui suit la parution de l'album.
Le groupe est constitué de:
- Benoît Archambault: clavier, trompette, piano,B-3, Wurlitzer, guitare acoustique, percussions, accordéon, clavier, voix
- Stéphane Archambault: mélodica, voix
- Éric Desranleau: basse, guitares, flûte traversière, piano, orgue, mandoline, clavier, glissentar, banjo, voix
- Marie-Hélène Fortin: violons, tambourine, flûte à coulisse, vibraslap, voix
- Frédéric Giroux: guitares, flûte à bec, harmonica, guimbarde, bérimbao, basse, mandoline, ukulélé, glockenspiel, autoharpe, voix
- Luc Lemire: saxophones, glockenspiel, percussions
- Marc-André Paquet: batterie, percussions, programmation, tambourin, triangle, basse, shaker, boucles, voix
* Du titre d'un ouvrage intitulé Destination Ragou (Une histoire de la musique populaire au Québec) de Richard Baillargeon et Christian Coté publié en 1991 chez Triptyque.
On peut visiter le site officiel de Mes Aïeux!.
Pour consulter les textes de chansons de ce groupe.
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