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Sachant manier le silence autant que la parole et les sons, Richard Séguin a toujours su créer un monde d'équilibre entre ces trois éléments. Ayant lui-même vécu de multiples expériences musicales, il a réussi à se façonner un répertoire à son image, aisément reconnaissable parce qu'imprégné de sa vision des choses. Prêts pour une ballade sur la route du temps?
Après avoir apprivoisé la scène au sein des groupes Les Nochers et La Nouvelle Frontière, il réalise en 1972, avec le journaliste Benoît L'Herbier, un conte pour enfants intitulé "Blancheville". Il se produit ensuite en duo avec sa soeur Marie-Claire et Les Séguin connaissent un succès enviable pendant quatre ans. Richard entreprend alors un nouveau volet de sa carrière en s'impliquant avec le chanteur du groupe Harmonium, Serge Fiori, dans un projet d'envergure qui prend la forme de l'album "Deux cents nuits à l'heure" en 1977. À l'époque, cet ouvrage représente la plus grosse production jamais tentée dans l'industrie du disque au Québec mais s'avère un excellent investissement pour la compagnie CBS. Le double microsillon se vent à plus de 100 000 exemplaires et en vient à doubler ce chiffre après quelques années. Et il se mérite trois statuettes lors de la remise des Félix au premier Gala de l'ADISQ qui se tient à l'automne 1979.
Sur son album éponyme qui paraît peu après, l'artiste revient à des chansons plus dépouillées comme "Le blues du nouveau-né", qui sera suivi de nombreux classiques de la nouvelle chanson québécoise. Mais le succès ne sera jamais une valeur absolue dans son parcours d'auteur-compositeur-interprète. En 1980, il se fait simplement interprète et consacre un album entier aux textes de la romancière et poète Louky Bersianik. Seul album non réédité sous format compact à ce jour, "Trace et contraste" reçoit de nombreux prix dont trois au Festival de Spa pour la pièce "Chanson pour durer toujours".
La première partie des années quatre-vingts le voit tourner successivement au Québec et en Ontario ainsi qu'en Europe et dans le réseau des High School américains. Après un temps d'arrêt, il effectue un retour sur disque en 1985 avec "Double vie". Le son est plus dur, les guitares et les percussions plus en évidence et le propos plus percutant que jamais. "Gentil, gentil", "La raffinerie" et "Double vie" l'imposent auprès d'un nouveau public tandis que ses supporteurs y reconnaissent les propos engagés d'un homme sans concession. Si,... tout de même: la chanson "Double vie" fait l'objet d'un vidéo-clip, nouvelle forme d'expression que peu d'artistes de sa génération ont expérimenté jusqu'alors. Cette démarche lui vaut le respect de ses pairs puisque l'album recueille deux Félix au Gala de 1986. L'année suivante, le palmarès Radio-Activité souligne une présence de cinquante semaines consécutives sur les listes des meilleurs vendeurs québécois.
Encouragé sur cette voie résolument plus rock, il forme un nouveau groupe de jeunes musiciens sous la direction de la claviériste Hélène Dalair et prépare un nouveau répertoire autour de la chanson "Journée d'Amérique". D'ailleurs, tout le contenu du prochain album découle du thème de l'américanité à la façon de Kérouac: "L'ange vagabond", "Ici comme ailleurs", "Et tu marches"... Ses chansons comme sa propre démarche font de plus en plus appel à ce besoin d'espace. Il participe en novembre 1988 au Sommet de la francophonie qui se tient à Dakar, au Sénégal. L'été suivant, il retourne en France et en Belgique où il participe aux festivals des Francofolies de Larochelle et du Botanique de Bruxelles.
Après une parenthèse unplugged à l'été 1991, il retourne en studio pour enregistrer "Aux portes du matin" qui s'avère le complément parfait à "Journée d'Amérique". Richard et son équipe reprennent la route pour un nouveau périple aux quatre coins du Québec, dont témoignent un document vidéo intitulé Sous un ciel immense et l'album "Vagabondage" où le troubadour reprend l'hymne d'une génération: "The Times They Are A-Changin'" de Bob Dylan, à la façon de Hugues Aufray. Encore une fois l'accueil du public dépasse les espérances pour un album en spectacle.Richard se fait alors producteur pour son ami J.F. Lamothe dont il produit et réalise "La rose des sables". Pendant ce temps, chez nos voisins du sud, trois de ses chansons sont adaptées par l'artiste Gary U.S. Bond. C'est donc un Richard Séguin comblé qui s'accorde une année 1994 quasi sabbatique, hormis sa participation à l'événement et au disque "La Symphonie du Québec".
Après quelques mois de repos, il se remet à la composition d'un album plus intime "D'instinct", qu'il livre à l'automne 1995. Certaines pièces font doucement leur chemin vers les auditeurs et les fans qui le retrouvent bientôt sur la route. "L'envie d'y croire", "Lettre à Zlata", "Le blues d'la rue" et "Rester debout" résonnent comme une chronique des temps difficiles. Il sent alors le besoin de marquer un nouveau temps d'arrêt. Sur la route de façon régulière depuis près d'une décennie, il prend le temps de s'imprégner du quotidien de sa communauté rurale, tout près des frontières américaines. Toujours actif, il suscite maints projets susceptibles d'améliorer la vie de son patelin, notamment le Sentier poétique de St-Venant et, lorsque l'inspiration se montre, il retrouve son instrument.
À travers ces pérégrinations en province, de nouvelles mélodies se définissent, sculptées par le contact avec le public. L'auteur les estime mûries à point à l'été 2000 et procède à l'enregistrement de l'album "Microclimat" qui paraît à l'automne. S'il garde toujours l'oeil vif et la parole d'aplomb comme dans "Les p'tits pouvoirs" et "Dans nos silences", Richard se permet un regard sur le temps qui passe avec "M'entends-tu?", "Chevrolet 59" et sur ses propres origines avec la chanson "Il faut croire au bonheur" datant de 1941 et signée Eugène Lapierre. Celle-ci prend, par son interprétation dépouillée, une dimension insoupçonnée qui trouve aisément sa place dans ce "Microclimat"très clément.
À l'été 2001, il se joint au spectacle marquant les célébrations de la Grande Paix, commémorant l'événement historique de 1701. Parallèlement à la chanson, Richard s'exprime de plus en plus à travers la gravure. C'est d'ailleurs à partir de ses propres oeuvres qu'il avait illustré la pochette de "D'instinct". À l'automne 2002, il tient sa première exposition à la Galerie Art-Inter de Sherbrooke. Toujours disponible à donner un coup de main à ceux qui abordent le métier de la chanson, il parraine, en compagnie de Luce Dufault, le Festival en chanson de Petite-Vallée 2002 puis le ROSEQ l'année suivante.
Suivent une tournée et un album qu'il intitule "Solo" et que seuls ceux qui ont assisté à son spectacle ou qui ont visité son site Web peuvent se procurer. Avec cette expérience artisanale et quasi confidentielle, l'auteur-compositeur-interprète redécouvre l'efficacité de la distribution de proximité, comme la vivent depuis des lustres les artistes C&W et autres exclus du marché mainstream.
Ayant participé quelques années plus tôt à l'événement Correspondances d'Eastman, pour lequel il rédigeait une lettre qui aurait pu être envoyée à Jack Kérouac, un être qui lui a déjà inspiré de forts beaux textes dont "L'ange vagabond", il décide d'adopter cette forme textuelle pour livrer ses message non pas au monde comme il avait l'habitude de le faire mais en s'adressant directement à diverses personnes, souvent des proches, et à travers elles à chacun de nous.
Ce sont finalement quinze de ces "Lettres ouvertes" que l'on retrouve au menu de son 15e album en carrière, le 9e inscrit à son nom, à l'automne 2006. Quinze textes écrits «à la première personne, mais en me mettant dans la peau de personnages» comme il le déclarait alors au chroniqueur Sylvain Cormier dans une entrevue pour le magazine Paroles & Musique. L'album inaugure également une nouvelle collaboration avec les Productions Duchesne... et Du Rêve.
On peut visiter le site officiel de Richard Séguin.
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