Gilles
Vigneault

 Gilles Vigneault

Abonnez-vous au fil RSS!
Abonnez-vous
au fil RSS!

Parcours

Notes biographiques
Nom véritable Gilles Vigneault 
Aussi connu sous --  
Naissance 1928   
Carrière professionnelle Depuis 1960   

Gilles Vigneault célèbre en 2011 son demi-siècle de scène. Le Québec et l'homme ont vécu leur lot d'aventures depuis ce temps! Une aventure que résument les récents albums de "Retrouvailles" et "Retrouvailles 2" où le poète-chansonnier rechante quelques dizaines de ses oeuvres avec des amis et compagnons de métier.

Mais revoyons d'abord un peu son parcours. Ses premiers pas dans le domaine artistique ne se font pas à titre de chanteur, mais plutôt comme animateur ou scripteur pour la télévision (Les invités du Père Mathias, Le Grand Duc) et directeur d'une troupe de théâtre, les Treize, à l'Université Laval. Parallèlement à ces activités et à son travail régulier de professeur de mathématiques, il écrit de nombreux poèmes et quelques chansons dont il se contente de faire la lecture lors de soirées amicales ou plus formelles, dans les premières « boîtes à chansons » ayant pignons sur rue à Québec. Lors d'une de ces soirées, Jacques Labrecque est conquis par ses textes et décide d'enregistrer deux chansons du jeune auteur: "Jos Monferrand" et "Jos Hébert". Par la suite, le coloré personnage va répéter l'expérience à plusieurs reprises, notamment à l'occasion de l'édition de 1959 du Carnaval de Québec alors qu'il consacre un album entier à cet événement, où sont gravées huit chansons écrites par Gilles Vigneault. Lors d'un passage de Gilbert Bécaud à Québec, le chanteur français lui emprunte lui aussi un de ses premiers textes: "Natashquan", chanson portant sur son village d'origine.

En 1960, durant les vacances d'été, Gilles accepte de chanter un de ses textes prêtés... juste pour essayer! Le succès que remporte sa propre interprétation de "Jos Monferrand", amarrée à un monologue sur une lettre de l'alphabet dont l'existence même était alors controversée, l'amène à repenser son approche et le décide à défendre lui-même ses chansons. Après la Boîte aux chansons, située dans le Vieux-Québec, ce seront celles de province puis de Montréal qui lui feront un accueil enthousiaste. À partir de 1963, il se produit de plus en plus souvent dans des salles comme la Comédie-Canadienne et ses chansons deviennent les étendards d'une chanson québécoise revigorée. Le festival de Sopot, en Pologne, honore ainsi "Jack Monoloy" en 1964 et "Mon pays" en 1965, grâce aux interprétations respectives de Pauline Julien et de Monique Leyrac. Ce sont les premières d'une longue série de distinctions que récolteront tant l'homme que son oeuvre.

En 1966, Gilles Vigneault se rend lui-même en France où il se produit à Bobino. Dès lors, son agenda est partagé entre la France et le Québec où il fait figure de barde national, sur les traces de Félix Leclerc, grand défricheur de la chanson. Il participera d'ailleurs, quelques années plus tard, aux côtés de Félix et de Robert Charlebois au spectacle d'ouverture de la Superfrancofête, le 13 août 1974. Le souvenir de cet événement est conservé pour mémoire sur l'album "J'ai vu le loup, le renard, le lion".

À l'exemple de son illustre prédécesseur, Gilles Vigneault se voit décerner à son tour le prix de l'Académie Charles-Cros en 1970. Quelques mois plus tard, comme de nombreux québécois, Vigneault est profondément bouleversé par les événements qui surviennent au Québec. L'hystérie dans laquelle est alors plongé le pays tout entier lui inspire sa chanson métaphorique "Le temps qu'il fait sur mon pays" qu'il présente en primeur lors de l'événement "Poèmes et chants de la résistance - 2" tenu en janvier 1971 au Gésu, à Montréal. Dans les années suivantes, il sera de tous les rassemblements dont la fête nationale du Québec où, en 1975, il crée la chanson "Gens du pays" qu'il offre comme chant d'anniversaire à la fois collectif et individuel, rôle que le public ne tarde pas à ratifier. L'année suivante aux côtés de Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland, Robert Charlebois et du monologuiste Yvon Deschamps, il fait partie du spectacle Les 5 Jean-Baptistes, dont sera éventuellement tiré l'album "Une fois cinq" qui se mérite bientôt un nouveau prix Charles-Cros.

Vigneault est à nouveau très en demande en Europe et il s'y établit pour quelque temps, non sans avoir participé activement à la campagne pour le référendum que tient le gouvernement du Parti Québécois en 1980 sur la question de l'indépendance nationale. Il continue par la suite à se produire en Europe et au Québec, récoltant de nombreuses distinctions et marques de reconnaissance pour l'ensemble de son oeuvre. De fait, l'oeuvre de Gilles Vigneault est loin d'être toute contenue dans ses chansons puisqu'il continue de publier de nombreux recueils de poésie et de contes (À l'encre blanche, Silences, Contes du coin de l'oeil, Le piano muet). Il s'intéresse également au cinéma - il a écrit des chansons pour plusieurs films dont Les bacheliers de la cinquième "Fer et titane", Il a neigé sur la Manicouagan "Mon pays", Un acte du coeur "La chanson de Martha" et L'homme à tout faire "Ti-Mand tout faire". Lui-même tient un premier rôle dans le film Tinamer en 1987. À partir de 1978, il accordera une attention toute spéciale au jeune public en enregistrant sur disques des contes pour enfants: “Les quatre saisons de Piquot”, “Quelques pas dans l'univers d'Éva” puis “Chansons, contes et comptines”.

Toujours en état de création, l'homme et le poète se sentent préoccupés par l'aventure humaine davantage que par la gloire et les artifices du métier. S'il invite d'autres artistes à participer à ses récents albums, tels les soeurs Kate et Anna McGarrigle sur "C'est ainsi que j'arrive à toi" ou les Charbonniers de l'Enfer sur "Au bout du coeur", c'est plus par affinités que par souci de faire jeune, lui qui a toujours défini la jeunesse comme un état d'esprit avant toute autre considération. Quarante ans après ses débuts officiels, Gilles Vigneault promène ses "Voyagements" (titre du spectacle dont témoigne un double album en octobre 2000) tant en France, en Belgique, en Suisse qu'au Québec et s'adresse aussi bien aux nouvelles générations qu'à ses contemporains. Rappel aussi que s'il a beaucoup parlé de pays, il a également prôné les voyages et le dépaysement, réalités favorisant la découverte de sa propre identité.

Tout au long de son parcours, la vie et l'oeuvre du poète ont fait l'objet de nombreux ouvrages écrits, d'émissions de télévision, d'un ballet (Tam ti delam par les Grands Ballets canadiens), de spectacles hommage et de plusieurs films documentaires (Ce soir-là... Gilles Vigneault, Je chante pour..., The Words And Music Of Gilles Vigneault). Plusieurs interprètes lui ont dédié des albums entiers, depuis Claude Léveillée qui mettait plusieurs de ses textes en musique à l'hiver 1962, jusqu'au rassemblement de l'album-événement "Je vous entends chanter" en 1980, en passant par Catherine Sauvage "Catherine Sauvage chante Gilles Vigneault" en 1966, Louise Poulin "Louise Poulin interprète Vigneault" (1966), Pauline Julien "Pour mon plaisir..." en 1973, l'Ensemble Claude Gervaise "Tout l'monde est malheureux" en 1976, Fabienne Thibault " Au doux milieu de nous" en 1977 et plus récemment Éric Landry, un compatriote de Natashquan qui a vu son album "Larguez les amarres" paraître sur l'étiquette discographique personnelle de Gilles Vigneault, le Nordet, celui-ci s'autoproduisant depuis 1971. Ses livres de poèmes, contes et textes de chansons sont également publiés par sa propre maison, les Éditions de l'Arc (et Nouvelles Éditions de l'Arc) depuis 1959.

En entrevue radiophonique, lors du lancement de "Au bout du coeur" en août 2003, Gilles Vigneault mentionnait que, même s'il avait l'intention de continuer à se produire sur scène tant que sa santé le lui permettrait, cet album pouvait bien être son dernier disque de chansons originales. Le poète se demandait alors s'il fallait encore produire des albums au moment où il est si simple de diffuser directement sur Internet! Heureusement, il n'en fut rien et ses récentes parutions discographiques témoignent au contraire d'une verve créatrice sans cesse renouvelée.

L'été 2005 s'avère particulièrement inspirant pour l'artiste qui répond à deux clins d'oeil du destin: le 5 juillet, à l'occasion du Festival d'art vocal de Trois-Rivières, il joint sa voix à celles des Charbonniers de l'enfer qui devaient initialement donner leur tour de chant sur une scène voisine. Quelques semaines plus tard, c'est toute une tribu de jeunes musiciens qui l'accompagne lors d'une prestation au Festival Mémoire et Racines, à Saint-Charles-Borromée, dans Lanaudière. L'événement sera la prémisse à son prochain album "Si on voulait danser sur ma musique" regroupant quinze reels et une valse composées au cours de ses récentes tournées et sitôt mis en forme par ses musiciens Jocelyn Guilmette et Bruno Fecteau. Lancé officiellement en novembre de la même année, le disque regroupe la crème des musiciens traditionnels dont certains membres des groupes Roy-Mirandette, Les Chauffeurs à pieds et Les Charbonniers de l'enfer.

Le passage au nouveau siècle semble avoir donné à ce pionnier un goût renouvelé pour de semblables collaborations qui lui permettent de sortir de son répertoire habituel. Après une participation remarquée à l'album "Voix croisées" de Luc de Larochellière en 2006, et avoir effectué une tournée d'une vingtaine de villes du Québec avec les Charbonniers sous le thème "La sacrée rencontre" l'année suivante, Gilles Vigneault participe à l'album "Félix Leclerc" et répond à l'invitation des Chauffeurs à pieds avant de proposer "Arriver chez soi" à l'automne 2008.

L'album qui marque un demi-siècle de création chansonnière recèle quelques bijoux d'observation contemporaine comme "Une journée sans portable" ou "L'internaute" mais aussi des thèmes aussi éternels que l'amour avec "Je n'ai pas cessé de t'aimer", le lien des origines dans "C'est à Natashquan" et la valeur universelle de la chanson qui est bellement décrite dans l'épilogue "Entre musique et poésie" qui clôt le tout, distillant la magie jusqu'à la dernière goutte. 2008 marque également pour lui le début d'une tournée intitulée Chemin faisant et la création d'une Grand-messe présentée à l'occasion du Festival des musiques sacrées de Québec.

Invité à participer à d'autres albums de rencontre comme ceux de Jean-Pierre Ferland et de Marjo, il s'implique à fond dans ses propres "Retrouvailles" qui lui fournissent l'occasion, dit-il, de « retrouver d'abord, bien sûr, des compagnes et compagnons de métier... mais retrouver aussi beaucoup de mes chansons... ». Ces compagnes et compagnons de métier ce sont, bien sûr Jean-Pierre, Anne Sylvestre, Louise Forestier ou Guy Béart, mais aussi Florent Vollant, Catherine Major, Charles Aznavour ou Nana Mouskouri. L'interprétation collective, en finale, pour "Les gens de mon pays" confirme le statut que le public a réservé instinctivement à cet hymne naturel né au milieu des années 60.

Les traitements diversifiés qui ornent ces relectures soulignent l'universalité de ses textes qui peuvent s'habiller d'un simple accompagnement piano ("J'ai mal à la terre" avec sa fille Jessica, "Pendant que" par Richard Desjardins) ou se joindre aux imprécations hip-hop en compagnie de Loco Locass, sans oublier l'énergie des voix a cappella de ses complices Charbonniers de ces dernières années. Le deuxième volet, ses "Retrouvailles 2", présente d'autres perles en prenant parfois des couleurs country avec Fred Pellerin, Renée Martel, Daniel Boucher (inoubliable "Tit-Nor"), ou plus classiques dans les cas de "Si les bateaux" et "J'ai planté un chêne" partagées respectivement avec Marc Hervieux et Richard Séguin. Le poète profitait de la sortie de ce deuxième volet pour annoncer un recueil de ses berceuses confiées exclusivement à des voix féminines. Le vénérable pommier n'est pas à court de projets.

Que ferait ce grand citoyen s'il avait à diriger son pays? En avril 2010, sur le plateau de l'émission Tout le monde en parle Vigneault réagissait spontanément: « Je démissionnerais et je laisserais ma place à quelqu'un de compétent! ». Une réplique qui illustre parfaitement le sens de la modestie, de l'humour et de l'intelligence du personnage.