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En près de 30 ans de carrière active dont une vingtaine en tant qu’artiste solo, Jacques Michel aura tâté de nombreux styles de musique, du rock’n roll naissant des années 50 au réquisitoire socio-politique et à la chanson d’amour, en passant par le folk-rock et les rythmes funky ou tropicaux.
Venu à la musique vers l’âge de 16 ans, au temps des premiers orchestres de rock’n roll, le jeune chanteur guitariste originaire de l’Abitibi (il est né à Sainte-Agnès de Bellecombe) s’illustre d’abord dans les salles de danse de les régions de l’Estrie et des Bois-Francs. Après avoir été membre des Rock’n Roll Kids puis des Midnighters, à la fin des années 50, Jacques met sur pied un nouveau groupe, les Colibris, en 1960. Ce contexte lui permet enfin de chanter à loisir les chansons des auteurs français dont il raffole: Bécaud, Aznavour, bref un répertoire qui distingue déjà le quatuor de la majorité des autres formations. Bientôt s’y ajoutent quelques pièces de sa composition, ce qui amène monsieur Alphée Gagné, correspondant du journal La Tribune à Victoriaville et propriétaire d’une nouvelle maison de disques, Kébec, à lui faire graver un premier 45 tours regroupant deux chansons originales.
En 1963, le groupe risque une incursion du côté de la métropole et grave un nouveau disque pour la maison Rusticana, bientôt suivi d’un troisième, puis d’un quatrième. Ses chansons attirent l’attention de la chanteuse Muriel Millard qui l’invite à participer à son spectacle à la Comédie Canadienne, cet automne-là. À l'occasion du premier Festival du Disque, qui se tient en octobre 1965, une méprise du jury lui fait décrocher le trophée Meilleur chanteur yé-yé alors qu’il se plaît à pasticher ce style dans certaines de ses compositions.
La découverte de l’album "Blonde On Blonde" de Bob Dylan en 1966, puis un premier voyage à Greenwich Village, haut lieu du mouvement folk américain, transforment radicalement sa façon d’écrire et son approche globale de la chanson. À son retour, il s’oriente résolument vers l’écriture et rejoint bientôt la maison Apex pour laquelle il grave quelques titres, suivis d’un microsillon ‘enregistré en stéréophonie’ et jugé quelque peu avant-gardiste, sur lequel se retrouvent les traces de cette nouvelle sensibilité: pochette aux couleurs psychédéliques, mais aussi des titres intrigants comme les "1ière lettre à Charlie", "2ième lettre à Charlie" et "Fume ta marijuana". Il délaisse alors le circuit des cabarets où il se produisait antérieurement. Pendant qu’il concocte ses projets de longue haleine, Jacques Michel écrit aussi sur commande pour divers groupes yé-yé: les Délinquants, les Jeun’Airs et surtout les Lutins qui placent deux de ses compositions en tête des palmarès: "Monsieur le Robot" et "Roquet Belles Oreilles". Jacques déménage bientôt ses pénates chez Jupiter où l’on grave un nouvel album ‘psychédélique’ suite logique du précédent. Simplement titré "Jacques Michel", on y trouve la continuation des lettres à Charlie, un nouveau titre prêtant à controverse "Les voyages forment la jeunesse" et une série de chansons d’influence dylanienne: "Je reviens de très loin", "Victor et moi", "Mon père et moi". Devant le peu de succès de ces ouvrages où il s’est tant investi, l’auteur compositeur interprète songe sérieusement à réorienter sa carrière. Il se lance le défi suivant: " J’écris encore deux chansons pour moi-même. Si aucune d’elle ne remporte le succès, je cesse de chanter et me consacre à l’écriture pour d’autres interprètes ". Son prochain essai a pour titre "Sur un dinosaure". Le succès est tel que personne ne saura quelle était l’autre pièce qu’il gardait en réserve!
À partir de ce moment, le nom de Jacques Michel est reconnu autant comme interprète et compositeur que comme parolier. L’année 1969 le voit accéder au sommet des palmarès avec quatre de ses chansons dont "À cause d’une fleur" qui lui vaut le Prix spécial du jury au dernier Festival du disque canadien; ce prix est accompagné d’une bourse de perfectionnement du gouvernement du Québec. Dans "L’enfant noir" et "Ta mère et moi", il aborde deux sujets qui sont bien loin de la légèreté ambiante des refrains à la mode. C’est que le public aussi a fait un bout de chemin et il est maintenant devenu acceptable qu’un ‘chansonnier’ comme Jacques Michel soit accompagné de musiciens aux instruments électrifiés. Sur ce point, Jacques a dès le début donné l’exemple, depuis le temps des Colibris jusqu’aux Jades qui l’accompagnent à ce moment sur disque et en tournée.
Fin 69, Jacques entreprend une nouvelle séance d’écriture qui mènera à l’album "Citoyen d’Amérique", lequel renferme deux de ses oeuvres les plus célèbres qui marqueront l’année 1970: "Amène-toi chez nous", Grand Prix du Festival de Spa, en Belgique, et "Un nouveau jour va se lever", deuxième prix au Festival international de la chanson populaire de Tokyo. La situation politique et les tensions sociales que supposent un Québec occupé, suite à l’application de la Loi sur les mesures de guerre, l’amènent à lancer un nouveau cri du coeur. Ce cri prend la forme d’un septième album qui est à la fois un appel à la dignité et à la solidarité. En plus de la chanson titre, l’album "S.O.S." contient les éloquents "J’débarque" et "Debout" tandis que la pièce "Quel temps est-il" ramène sur disque le violon de Jean Carignan, artiste alors dans une période d’oubli relatif.
La nouvelle décennie sera la plus prolifique pour l’artiste insaisissable qu’est Jacques Michel. En un an et demie à peine, la maison Zodiaque lance quatre nouveaux albums sur le marché: "Pas besoin de frapper pour entrer", "Dieu ne se mange plus", "Jacques Michel à la Comédie" et "C’que j’ai l’goût d’dire" viennent tour à tour renouveler son répertoire ou présenter des refontes de ses succès précédents. On doit aussi souligner l’effervescence qui caractérise cette période dans la présentation visuelle des pochettes d’albums qui sont souvent de véritables bijoux de créativité.
À cette phase d’exubérance succède un cycle beaucoup plus intériorisé. Suite au décès de son épouse, l’homme public marque un temps de répit, par besoin de se retrouver et de repositionner sa vie personnelle. L’écriture est alors un exutoire salutaire et il présente quelques mois plus tard l’album "Migration" qui s’avère le plus grand succès de sa carrière au niveau des ventes alors que la chanson "Amène-toi chez nous" refait surface au palmarès, dans une version remaniée et toute en douceur. Cet album largement autobiographique est suivi d’un nouveau début, marqué par le passage à l’étiquette Polydor: "Ma nouvelle saison" assure la transition vers une certaine renaissance, laquelle est complètement accomplie sur "Le temps d’aimer" qui propose de nouveaux succès "Voyez-vous le temps qu’il fait" et "Rose chair de femme", puis se continue sur "Le coeur plus chaud" où les musiques laissent deviner une existence et une inspiration des plus ensoleillées, notamment les chansons "Le coeur plus chaud" et "Tout un carnaval", cette dernière étant de facture purement caraïbe.
Le passage aux années 80 est marqué par un album bilan intitulé justement "Passages". Outre la pièce titre, les chansons "Salut Léon" et "L’invitation" interpellent directement l’auditeur tandis que "Vodka Cola" ou "Un peu d’air" constituent un retour aux textes engagés, sur des thèmes chers à l’auteur, qui permettent de mesurer le chemin accompli - ou non - depuis la création de ses premiers textes. Encore quelques 45 tours, un dernier 33 tours et cette phase se termine en 1985, après un ultime "Happy Song"!
Ayant tourné la page sur sa propre carrière musicale et scénique, Jacques Michel s’oriente ensuite vers la télévision où il est concepteur, co-scénariste et co-auteur des chansons pour les séries Le Village de Nathalie et Les Mini-stars de Nathalie, dont la jeune Nathalie Simard est la vedette. Un peu plus tard, on le retrouve comme auteur compositeur et interprète de la chanson thème de Sur la rue Tabaga, dont il est également co-concepteur et co-scénariste.
À l’aube de l’an 2000, il prépare sa rentrée dans le monde du CéDéROM avec Qui a croqué la lune, un conte musical interactif destiné aux enfants!
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